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samedi 29 août 2015

UN RÉVEIL COLLECTIF S´ANNONCE-T-IL DANS LA SOCIÉTÉ HAITIENNE?

     Si, bien avant ou à la veille de cette journée du 9 août 2015, le peuple était invité à agir tel qu´il l´a fait, cet appel ferait, certainement, l´objet d´une investigation et d´une accusation pour ce qu´on se plaît tout le temps et fort heureusement à appeler en Haiti :''Incitation à la révolte''. Telle est la qualification la plus simpliste. Peu importe les raisons qui ont poussé le peuple à afficher de tel comportement, l´ont motivé à bouder cette convocation, le fait est qu´il a esquivé un piège qui lui était tendu. Cette attitude ne saurait être innocente ou interprétée comme naive. Il s´agit, de notre humble point de vue, d´un reveil de la conscience collective, c´est-à-dire, la société étant constiutée de consciences individuelles s´ébranle. Il ne fait aucun doute que cette situation nous invite à comprendre qu´un reveil social s´annonce au sein de la société haitienne et que les masses populaires commencent à comprendre certaines choses. Cela suppose aussi qu´avec un minimum d´éducation, le peuple ne peut pas faire n´importe quoi; il n´agit pas n´importe comment et il ne choisit pas n´importe qui, dans le cadre des élections dignes de ce mot, pour le placer dans des organes décisionnels chargés de tracer son avenir. Il n´est pas besoin de revenir sur ce qui s´était passé en Haiti le dimanche 9 août 2015. Cela ne vaut pas la peine! Toutefois, il est important de partir du constat de cette journée pour essayer au moins d´interpréter cette attiude de refus du peuple de continuer à être les marrionnettes d´un appareil d´oppresion et de domination. Nous sommes entrain de constater que l´intelligence de la collectivité s´ouvre, que la mentalité collective commence à se libérer des scories d´hier. La question que se pose et à laquelle tentera de répondre cet article est celle de poser en quoi et comment l´attitude affichée par le peuple lors de la journée du 9 août 2015 est susceptible d´être comprise comme un réveil collectif entrain de se produire au sein de la société haitienne? 

     D´abord l´acte de voter suppose obligatoirement l´existence d´une élection, et le peuple peut aller voter si et seulement s´il y a une ou des éléctions. Or quand est-ce qu´il faut parler d´élection?

     Acte le plus hautemente souverain, l´élection constitue, d´un côté, le moment le plus solennellement tant attendu par un peuple pour placer, au moyen de son bulletin de vote, son mot dans les affaires de la cité, l´activité démocratique par excellence, en dépit de tout, financée exclusivement par lui, de l´autre. Donc, l´élection c´est l´espace manifeste où la souveraineté du peuple se renforce en s´exprimant, elle marque, pour ainsi dire, la capacité intelligente du peuple de choisir et traduit sa volonté la plus sublime de peuple d´élire librement, sans d´aucunes contrainte, influence et interférence d´un quelconque secteur, ses propres gouvernants. Or, comment peut-il y avoir ou peut-on parler honnêtement et rationnellement d´élection dans une Haiti occupée et dominée, dans une Haiti non souveraine, dans une Haiti qui a perdu toutes ses valeurs éthiques et morales, enfin, dans une Haiti dont l´indépendance n´est plus? Même du point de vue éthique et moral, ça ne tient pas. Car, dès l´instant où les appareils institutionnels d´un pays, en particulier, celui chargé d´organiser les élections à proprement parler, ne sont pas controlés par de vrais nationaux et républicains, il est complètement impossible de parler de dignité et de respect et, dans le cas du processus de choix des futurs dirigeants, d´employer le terme élection dans le vrai sens du mot et, pir encore, d´oser de faire un vilain procès d´intention à cette pauvre population en déclarant que c´est elle qui a voté ou choisi ceux qui gouverneront contre lui.

     Le peuple n´est pas, cependant, idiot pour choisir ses propres fossoyeurs. Il ne peut pas se foutre le doigt dans son propre oeil. En Haiti, il est clair de comprendre, et que cela soit connu de tous, qu´il n´y a pas de peuple qui élit, ce sont ceux qui ont le controle des appareils politique, financier et économique du pays qui décident. Élection, mot de plus en plus galvaudé en Haiti, n´est qu´une farce, un déguisement. De plus, il ne peut pas y avoir d´élection parce que, en fait, le peuple, quoiqu´il existe mais peu organisé et solidaire, ne vote pas, donc l´expression populaire ça n´existe pas dans notre Haiti chérie. Ce que l´on organise en Haiti sous le nom d´élection se fait contre le peuple avec la complicité des gens auxquels Haiti n´interesse guère et la livrent à une dépendance internationale. Vu cette dépendance économique et financière, et cette domination étrangère de nos institutions qui causent un problème de légitimité majeur aux bénéficiaires, il est impossible d´établir que c´est le peuple qui  élit réellement un tel ou un tel, que son bulletin de vote, qui, dans un vrai État de droit, est son seul et unique arme démocratique, a été effectivement respecté. Dans un pareil cas, les résultats seront par conséquent toute autre chose sauf l´expression de la volonté populaire. 

     En conséquence, il se pose, dans tous les compartiments socio-structurels d´Haiti, un problème d´éthique, de crédibilité et de confiance. En premier lieu, les dirigeants n´ont pas assez de courage de dire la vérité au peuple en regardant cette triste réalité en face. Ils préfèrent la lui cacher, la colorer momentanément, l´etouffer pour qu´elle ne s´éclate au lieu de la nommer et travailler à la faire disparaître, or rien ne peut l´en empêcher. L´éthique, étant l´une des grandes valeurs humaines au moyen de laquelle l´individu est capable d´agir, d´influencer et de changer son environnement, est une manière d´être et de se conduire rationnellement dans la société, voilà pourquoi l´éthique protestante, vu sa vision rationnelle du monde et des rapports sociaux et économiques, a été l´un des éléments clés dans le développement du capitalisme ocidental. Il est par conséquent irrationnel de penser que cet organe dominant étranger qui detient le monopole économique d´Haiti entre ses mains se laisserait prendre pour des cons une seule seconde. Il fera par contre tout pour que ce soit sa volonté qui s´impose. Il est également irrationnel, après avoir induit le peuple en erreur et l´avoir malhonnêtement et sciemment menti, de croire que ce même organe prendra au serieux vos décisions ou vos actes, vous, dirigeants aveugles.

     En second lieu, le peuple, étant vacciné de ces mensonges, commence à se réveiller. À travers cette réaction du 9 août 2015, il est important d´entrevoir une bonne leçon d´intelligence et de lucidité du peuple à tous ceux qui croient qu´il est bête: Il ne fait plus confiance à ce système - vu qu´il refuse d´y entrer - voire aux soi-disant gouvernants, puisque, en premier lieu, il boude leur appel - et devrait continuer à le faire -, en l´occurence celui du CEP  relatif à ce dimanche 9 août 2015. Car, en clair, appeler le peuple au vote n´est que pure démagogie, la démagogie électorale, qui n´est pas productive pour le peuple haitien et ne l´arrange pas. En troisième lieu, cela traduit sa fuite des discours idéologiques insipides et creux, des appels politiques et patriotiques homo-fantaisistes, et se met courageusement à la recherche d´une nouvelle alternative de révolution sociale. Il se détermine à s´éloigner de plus en plus de ces imposteurs de peur qu´ils n´influencent cette nouvelle phase plus ou moins décisive à laquelle il voudrait s´engager; mais un peu rétissant et méfiant à soi-même parce qu´il n´est pas encore sûr de cette nouvelle attitude. Mais, la formation de ces nouvelles consciences collectives qui surgissent mérite d´aller plus loin et se maintenir jusqu´à ce que ces institutions, qui n´inspirent pas confiance y compris ceux qui les composent, dont les actes souffrent de credibilité et de légitimité, soient effacés et d´autres qui seront l´oeuvre de ce nouveaux réveil collectif les remplacent. Donc, tout ceci signifie qu´Haiti n´existe pas encore.

     Il reste qu´en novembre 2015, il se passera quelque chose dans le pays et le peuple doit se montrer encore plus intelligent, lucide, mais surtout véhatif et prudent, car le boudement ne suffit pas, il faut d´autres actions plus concrêtes, pragmatiques et fortes. Heureusement, l´intelligence est quelque chose qui s´acquiert également par l´expérience, mis à part la connaissance. De ce fait, le peuple doit se servir de toutes ses gammes d´expérience qu´il a acquises au cours des ans pour lutter, au moyen des veillées continues, contre ceux-là: étrangers, faux nationaux et républicains, patriotes colorés et déguisés, haitiens-étrangers pour échapper à ce qui va se produire dans les prochains mois pour ne pas se faire complice de son propre malheur.  
     
     D´autre part, le moment doit venir pour qu´un choix définitif soit fait: soit que la société lutte et se batte durement et continuellement pour reconquérir sa souveraineté et sa liberté sur le plan social, national, culturel, politique et économique en attaquant le système vers le dehors et le haut; soit qu´elle accepte, cette fois de façon officielle, aux yeux du monde entier, qu´elle soit livrée aux étrangers, ainsi, nous saurons si nous allons vers un mieux être ou vers l´abîme. En d´autres termes, dans cette domination étrangère douce, camoufflée et tranquile, nous n´avons aucun destin, aucune issue. Même un peuple opprimé a quand bien même un destin, du moins celui de l´oppression et de la répression continues, voire un peuple libre, souverain et indépendant, son destin consiste à améliorer de plus en plus son système social, éducatif, culturel, politique, financier et économique afin que les individus puissent vivre dans la liberté, le respect de leurs droits, le prestige et l´honnêteté.

     En somme, le voeux pieux qui se peut être formulé est celui d´assister, de la part du peuple haitien, à une augmentation de cette compréhension de ce jeu qu´il commence à démarquer, à une  réponse, vis-à-vis des prochaines mascarades électorales qui se préparent, beaucoup plus sévère, forte, ferme, dure, prononcée et totale que celle du 9 août, à l´image du peuple révolutionnaire qui a fait le 18 novembre 1803. Le peuple commence à saisir le sens et le fondement de ce petit jeu mafieux électoraliste et démocratiste. De ce fait, sa réponse mérite d´englober et d´atteindre toutes les forces individuelles et collectives de la société pour dire d´une seule et même voix révoltante et révolutionnaire que de cette domination douce de ce genre, nous n´en voulons plus jamais. Nous en avons marre! Car, la souveraineté haitienne ne sera reconquise que dans la mesure où la société commence d´abord par se libérer de ces démagogies électorales qui n´apportent que misères, frustration, repression, arrogance, insultes, mépris, propos obscènes; par se débarasser des idéologismes et des démocratismes; enfin, par s´abstenir jusqu´au dernier soupir de ces gâchis qu´on dénomme malheureusement élections, car, il est faux que son destin s´y retrouve. Peut-être, est-il trop tôt de l´établir, mais en analysant cette réaction, il y a quand bien même derrière elle une intelligence collective.

Jean FABIEN
Doctorant en Sociologie (Unicamp)

CAMPINAS, 29/08/2015

jeudi 30 avril 2015

L´INTOLÉRANCE À L´HAITIENNE: UNE RÉFLEXION SUR LA MENTALITÉ ''MACOUTIQUE'' HAITIENNE AU-DELÀ DU SYSTÈME DICTORIAL

     L´objectif de cet article est de provoquer une réflexion sur la mentalité macoutique qui caractérise les Haitiens dans leurs relations avec eux-mêmes et leurs semblables. Une mentalité macoutique qui se lit à la fois à l´haitienne et dans le comportement le plus simple soit-il de chaque haitien d´une part, et se tisse dans les moeurs des Haitiens eux-mêmes d´autre part, c´est-à-dire, notre culture d´intolérance qui consiste à agir en ignorant complètement, de bonne ou de mauvaise foi, que l´autre existe, comme si nous agissons dans le vide.

     Au départ, la dictature, qui est une des sources imposantes de cette mentalité, n´est pas seulement un système, c´est d´abord une mentalité, une façon d´agir, d´être et de penser qui se rumine et se nourrit quotidiennement dans les relations humaines. Elle se manifeste surtout dès l´instant où quelqu´un, pour quelque érudit, scientiste ou intellectuel qu´il se prenne, n´accepte ou ne tolère pas l´opinion contraire de l´autrui et veut lui en imposer une autre, soit la sienne ou une empruntée à quelqu´un d´autre dont il fait sienne. Dans la construction d´une mentalité dictatoriale - appelée désormais macoutique dans le cas d´Haiti, vu cet héritage de nature mentale et psychologique caractérisé par l´intólérance, laissé par notre histoire - l´autre n´est plus, il est totalement transparent voire même absent, et son opinion ne vaut rien. Voilà pourquoi, même au plein pied d´un régime démocratique, cette mentalité peut ne plus disparaître soit partiellement ou entièrement dans la mesure où, même dans les plus minuscules et insignifiants débats, la violence verbale prime; la pluralité  des valeurs s´effrite, la confrontation des idées s´éclipse et la diversité des arguments s´affaiblit considérablement. De ce fait, quand dans un cadre de communication sociale ou un espace de croisement culturel et d´échange dialogique, l´individu est réduit à moins qu´un rien ou à une espèce d´éponge qui absorbe, malgré lui, les idées de l´autre, les relations et interactions sociales sont de plus en plus faibles et fragiles voire inexistentes, alors c´est l´obscurantisme total et absolu.

     Aujourd´hui, à l´ère de la post-modernité et à l´avènement de nouveaux paradigmes pour repenser et redéfinir la démocratie en la rendant beaucoup plus pratique, plus sociale que politique, il est embarrassant de dire que la société haitienne a réussi à rompre avec ce type de mentalité d´intolérance qui, sans esprit d´éxagération, nous transforme en de véritables aliénés mentaux souffrant de ce qu´on pourrait appeler d´une pathologie macoutique.  Alors, la démocratie sertai-t-elle en mesure d´affronter cette mentalité macoutique dont nous portons en nous le gêne? En effet, si l´on se réfère aux faits historiques, il est vrai que la dictature est un système de terreur et inhumain, qui a connu son plus grand succès dans le monde contemporain notamment en Amérique, et particulièrement en Haiti, nous pouvons dire qu´une mentalité macoutique naît bien avant la dictature en tant que système. Celle-ci s´établit au fil du temps, car c´est un long processus. Donc, la mentalité macoutique est avant tout plus comportementale et affectivo-actionnelle que systémique. De notre humble point de vue, la mentalité macoutique est une lacune grave de notre irrationalité et notre inintellectualité à défendre et non à imposer notre point de vue, elle renvoie, en outre, à toute pratique ou culture de ne pas écouter l´autre afin de ne pas accepter son argument contraire. Il s´agit bien ici de l´emploi du verbe écouter, et non entendre, puisque écouter l´argumentaire de l´autre revient à en percevoir le sens, en apprécier le contenu, le recevoir, le comprendre, enfin, il s´agit de respecter la valeur de sa pensée en dépit de son désaccord avec elle. C´est un exercice ardu auquel, malheureusement, très peu d´Haitiens parviendraient ou voudraient bien se livrer. Néanmoins, c´est également une pratique qui s´apprend au quotidien.

     Chez nous, il est plus facile d´interpréter la pensée de l´autre qu´avant de l´avoir comprise. C´est très paradoxal de le dire, mais cela fait partie de la façon de penser de l´être haitien dans son univers relationnel! Car comprendre l´autre c´est aussi le prendre comme tel, c´est-à-dire un sujet de droits avec ses opinions, pour quelque analphabète qu´il puisse être perçu. Or, de quel droit une personne pourrait prétendre que son idée soit meilleure que celle d´une autre au point de vouloir la lui imposer? L´Occident a quelque chose à nous dire au sujet de ces quatre siècles d´esclavage, d´exploitation et de déshumanisation dont les fondements ont été justement marqués par cette même question de supériorité de sa rationalité, de sa mentalité et de la taille de son cerveau  en matière de réflexion intellectuelle et scientifique.

     À ceux, notamment les plus jeunes, qui croient que les périodes dictatoriales - participant bien sûr à la construction de cette mentalité macoutique dont nous héritons et dans laquelle la volonté d´un seul personnage est incontestable - sont l´oeuvre exclusive et brutale des Duvalier, il est important de rappeler que depuis son indépendance, Haiti a connu plusieurs dictaures subséquentes dont la plus récente remonte à Aristide de 2001 à 2004. Toutefois, la première dictature date du règne de Henri Christophe qui, s´étant auto-proclamé roi, a dirigé pendant 14 ans (1806-1820) le grand Nord avec un bras de fer pendant que Pétion établit dans l´Ouest et le Sud une république relativement ''démocratique''. La dictature des Duvalier est, à dire vrai, la plus cruelle des dictatures de l´époque contemporaine à laquelle Haiti n´ait jamais fait face, mais Haiti a connu des formes diversement variées de dictatures. Cependant, qu´est-ce qui a véritablement changé au cours de ces 50 dernières années depuis l´effacement symbolique de ce système dictatorial duvaliériste? Absolument rien, car, mentalement et psychologiquement nous demeurons des macoutes, d´autres le sont en herbe, le macoutisme nous devient une sorte d´obsession, une endoctrinement démoniaque duquel nous avons du mal à nous séparer. De plus, non seulement, dans les relations avec nous mêmes et avec l´autre, nous affichons des comportements macoutiques, mais surtout le macoutisme apparaît comme un mode de vie normal avec lequel nous nous complaisons.

     Il faut rappeler aussi, par ailleurs, que l´une des causes de l´élimination de Jean-Jacques Dessalines fut surtout cette même mentalité d´intolérance de nature macoutique. Ainsi, toute intolérance nourrie d´une telle mentalité n´expose qu´à la dégradation des relations sociales et à l´élimination de l´acteur porteur d´idées contraires qui, au premier chef, sont considérées comme dérangeantes par le vis-à-vis plutôt que valables. Voilà pourquoi, dans cette mentalité, la dfficulté de se mettre d´accord avec l´autre se résout le plus souvent par son élimination. L´arme forte d´une telle mentalité consiste à voir l´autre comme un adversaire, un ennemi, une cible à éliminer et non comme un sujet de droits capable d´avoir et de faire valoir ses idées contraires. En Haiti, nous avons, malheureusement, la culture de voir celui qui a une idée contraire et opposée comme un ennemi, un adversaire dont il faut à tout prix se débarrasser. Seule, enfin, une vraie éducation - mais l´éducation réformée, pas celle telle qu´elle est présentement dans cet état de pourrissement - peut aider à combattre cette mentalité macoutique, qui nous rend de plus en plus infructueux et inefficaces dans nos rapports sociaux, dans notre productictivité, enfin, dans notre vie intellectuelle, ce, en jouant son rôle de transformation sociale le plus fondamental.

     Sur ce, l´intention de cet article n´était pas d´historiser longuement sur cette mentalité macoutique, qui va, nous l´avons dit, bien au-delà du système dictatorial traînant derrière elle toute une tradition à la fois religieuse, idéologique, politique et sociale, mais, tout simplement, de provoquer une réflexion en mettant l´accent sur la forme qu´elle prend aujourd´hui dans les plus minuscules relations humaines. En effet, à l´ère contemporaine, ce, plus d´un demi-siècle après la dictature des Duvalier, nous constatons que, malgré le retrait de ce régime et la rentrée brusque et boiteuse du pays dans un système démocratique, les Haitiens portent et continuent de porter en eux les séquelles traumatiques, les traces et les cicatrices psychologisantes d´une mentalité macoutique dans leurs comportements, leurs fréquentations, leurs gestes, leurs expressions, enfin, dans leurs relations avec les autres marquées par une intolérance flagrante et cancéreuse, autrement dit, le macoutisme s´ancre aux mentalités haitiennes et aux interrelations que les Haitiens s´efforcent de construire entre eux, considérant que le macoutisme, étant une mentalité née même avant la dictature des Duvalier et s´enracinant dans notre culture de peuple, n´accepte aucune opinion contraire à la sienne. D´où vient-elle cette mentalité macoutique? Ce sera, peut-être, l´objet d´un autre article pour mieux l´illustrer, mais, pour l´instant, il faut retenir que, afin d´identifier cette pratique, il suffit d´observer la qualité des échanges ''dialogiques'' médiatisés ou non médiatisés entre les Haitiens, soit dans un cadre privé, soit à la radio, à la télévision, soit sur les réseaux sociaux ou autres: Ils se caractérisent généralement par la violence verbale et la monopolisation d´un discours qui a du mal à se tenir.

     Enfin, cette mentalité macoutique ne nous arrange pas parce qu´elle nous rend obstrus, improductifs, agressifs et nous ramène à notre pure et plus profonde animalité. Elle tue et étouffe les idées, or, ce n´est qu´avec les idées qui s´épanouissent et se développenet, il est possible de construire une société meilleure. Nous autres Haitiens, devons savoir cultiver entre nous la tolérance et la capacité d´accepter les idées contraires d´abord, ensuite savoir vivre avec elles pour pouvoir évoluer avec elles, enfin, voir l´autre non pas de la façon dont nous nous regardons nous-mêmes, mais de la façon dont il est effectivement avec ses différences et ses opinions qui n´ont pas besoin d´être forcément et nécessairement les nôtres.

Jean FABIEN
Doctorant en Sociologie (Unicamp)

CAMPINAS, 30/04/2015




dimanche 22 mars 2015

HAITI, FACE AU PHÉNOMÈME DE L´IMMOBILISME SOCIAL ET POLITIQUE[*] (TROISIÈME PARTIE)


3.      LE PROPAGANTISME POLITIQUE POLLUANT DE MARTELLY
3.1. Ce que la propagande politique est en réalité
    La propagande, l´art de propager ou l´action de faire de la publicité pour séduire et tromper, peut engendrer autant d´effets positifs ou négatifs que nocifs, elle peut avoir aussi ses bons et mauvais côtés, ses avantages et inconvénients. Sa réussite ainsi que son échec dépendent au moins de trois facteurs: l´appareil idéologique dont elle résulte, l´environnement social, politique et culturel dans lequel elle évolue et enfin la méthodologie employée pour la faire accepter, donc, la propagande – surtout la propagande politique – est d´abord une question systémique et idéologique. Cependant, malgré les bonnes intentions avec lesquelles elle pourrait se véhiculer, il reste qu´elle tend le plus souvent vers un mauvais présage, elle fait l´objet d´une réputation malsaine et laisse planer des impressions douteuses tant de la part des opposants que chez ceux qu´elle vise, en l´occurrence les masses.
En fait, la propagande, qu´elle soit médiatique, commerciale, politique ou autre  vise toujours les masses et leur domestication mentale, à cet effet, elle demeure, généralement, avantageuse ou profitable pour ceux qui l´utilisent comme une arme de domination idéologiquement  puissante. Tandis que, pour ceux qui en subissent les impacts, elle n´est peut être que désastre sur le plan institutionnel et progressiste. Avant de nous accentuer sur son côté négatif, il serait important de souligner rapidement que, sous un  angle relativo-positif, la propagande avec ces deux grandes armes: l´idéologie et la publicité, est naturelle dans les sociétés humaines dans le sens qu´elle tient les masses en haleine informées. Elle est aussi culturelle et dynamique, car elle est le résultat d´un processus historique et culturel: plusieurs secteurs ou acteurs, au cours des évolutions et transformations sociales, se l´appoprient, la cultivent, la façonnent et s´efforcent à la rendre de plus en plus  efficace en la rationalisant et en justifiant son rôle et sa valeur.

3.2. Propagantisme politique: Avantages et inconvénients
Faire de la propagande c´est faire de la publicité comme cela se passe dans le secteur marketing et commercial. Elle et la publicité sont intimement et historiquement liées, donc les deux termes sont bel et bien interchangeables. (Domenach, 1950). Or, si la publicite ou la propagande est une action qui consiste à inciter le consommateur à acheter un produit ou un bien (matériel, spirituel, culturel ou social) à susciter le goût et à attirer le plus de gens possible, alors l´une ou l´autre n´est pas une mauvaise chose en soi dans la mesure où elle se fait dans le cadre d´une politique structurelle et institutionnelle normale, par exemple, les affiches publicitaires, les campagnes électorales, les publicités médiatisées (TV, radio etc.). Plus particulièrement, les campagnes électorales sont entre autre les moments les plus cruciaux au cours desquels la propagande politique atteint son plus haut niveau, et l´on constate que cela va de soi en dépit de quelques caractères nocifs et dès fois dérangeants pour l´intélligence humaine qu´elles soulèvent. Sur ce, on peut dire que les campagnes électorales peuvent être considérées comme un espace démocratique de grande effervescence sociale où se concrétise la propagande politique. Elles sont, paraît-il, conçues et construites à cet effet même. Elles sont faites en outre pour exposer des programmes vachement prometteurs du futur gouvernement. Qu´elles soient objectives ou abstraites, réelles ou fictives, peu importe, la finalité des campagnes électorales en amont propagantiste est séduisante. En ce sens, la propagande politique se veut être un outil démocratique puissant pour informer le peuple – ne serait-ce que pour se foutre de lui, l´induire en erreur ou ne pas résoudre ses vrais problèmes – sur ce que fait ou fera tel gouvernement, elle contribue, par ailleurs, à la formation des mentalités individuelles et collectives.

    C´est, en quelque sorte, un espace de communication qui se crée entre les gouvernants et les gouvernés, mais plus particulièrement, entre les gouvernants et leurs partisans dans le but de réveiller continuellement en eux l´esprit fanatique et le sentiment d´appartenance, car toute propagande politique recherche la visibilité. Louis XIII, nous dit Duccini, a souvent utilisé la propagande politique comme un art d´informer et de convaincre, d´informer pour convaincre la population française, mais surtout ses opposants (Duccini, 2003). Mais, la propagande politique va au-delà d´une simple information ou communication, elle recherche l´impact et l´efficacité, voilà pourquoi elle nécessite de la participation massive du public ou groupe social qu´elle a en perspective. Cependant, la propagande devient mauvaise lorsqu´elle sert à induire les masses en erreur, à les chosifier, et se fait dans l´unique but de les mystifier, de violer leur droit, d´intoxiquer et de polluer la pensée par le mensonge institutionnalisé et systématisé, lorsqu´elle se fait par le truchement des médias, la radio et la télévision plus particulièrement, qui y jouent un rôle crucial, pour exposer aux masses le leader comme un produit de consommation (Tchakhotine, 1967; Osmani, 2006). Ainsi, sur le plan idéologique, matériel et méthodologique, la propagande crée un bien rare exposé sur le marché de la consommation qu´on appelle les leaders politiques.
C´est plus précisément dans ce dernier ordre d´idées que nous entendons aborder la notion de la propagande politique dont M. Martelly se fait actuellement  le champion en Haiti, et surtout qu´elle n´est pas structurée et trop ancrée à une idéologie noviste qui peine de s´installer et d´être acceptée par la majorité des Haitiens.

3.3. Les stratégies du propagantisme politique de Martelly
      N´étant pas moins idéologique que ne l´est le mutisme ou ne se rapportant pas à un comportement politique, le propagantisme politique est de préférence une méthode stratégique qui s´inscrit dans la théorie moderne des sciences politiques pour faire perdurer un pouvoir malgré son impopularité et son improductivité, ce, en dépit des oppositions et des protestations. De nos jours, les médias deviennent le principal canal où se véhicule la propagande politique et l´arena où se jouent les contradictions entre ce que le peuple vit effectivement au quotidien et ce que le gouvernement veut propager et exhiber tant à l´échelle nationale qu´internationale. En d´autres termes, entre le dire et le faire; la réalité socio-économique des masses oubliées et la propagande politique, c´est comme le jour et  la nuit. Il se crée un abîme entre le luxe dont jouit cette très faible et incompétente minorité de la classe gouvernante et la misère noire dans laquelle pataugent plus de 70% de la population.
     De ce fait, ce n´est pas sans raison – ce qu´il est essentiel de comprendre – que depuis son arrivée au pouvoir M. Martelly s´est octroyé sa propre chaîne de télévision appelée Martelly TV, qui entre désormais dans une concurrence silencieuse avec la RTNH (Radio Télévision Nationale d´Haiti) en ce que les programmes des deux stations se coincident, se confondent. En d´autres termes, créée à des fins publicitaires et propagantistes, Martelly TV absorbe, de manière très controversée et déconcertante, la quasi totalité de la programation de la RTNH qui, selon les lois haitiennes, aurait dû être au service de la société haitienne pour répondre à ses besoins tant sur le plan culturel, éducationnel, communicationnel qu´informatif et formatif. Ainsi donc, la RTNH, l´organe de communication du peuple haitien, dont les employés, étant des fonctionnaires de l´État, sont payés par les taxes des honnêtes contribuables, forme avec Martelly TV une seule et même entité médiatique, un vaste réseau pour mieux faire de la propagande politique de l´administration Martelly. Sur ce, elle est transformée en une propriété privée de M. Martelly. Ce qui, sur le plan rationnel et institutionnel, est inacceptable.
      Mais, il faut dire qu´il n´est le premier et peut-être pas le dernier à faire cela, tout propagantiste agit de la sorte et utilise les médias comme arme de pollution massive de la conscience collective, voilà pourquoi tout propagantisme politique est généralement perçue comme une intoxication médiatique ayant pour cible les masses. Si nous avons pris des précautions à ne pas attribuer le caractère populiste à M. Préval et celui de mutiste à M. Aristide, M. Martelly, malheureusement, ne peut échapper au statut d´un chef d´État propagantiste avéré, une image qu´il s´est lui-même construite. Néanmoins, il faut reconnaître que le propagantisme politique comme système et moyen d´intoxication a existé dans le milieu socio-politique haitien bien avant M. Martelly. Il n´a fait, comme nous l´avons souligné plus haut, que la façonner à sa manière suivant sa propre méthodologie et l´appareil idéologique dont il dispose. Donc, ce n´est pas un excès de langage, ce n´est pas non plus méchant de résumer sa gouvernance au pur propagantisme politique systématique. Car, non seulement il le projette, l´exhibe, mais surtout il l´affirme dans ses différentes sorties et interventions médiatiques. Ainsi, il y a au moins deux aspects fondamentaux que nous aimérions cerner dans le cadre du propagantisme politique martellytiste de 2011 à nos jours. Premièrement, l´aspect de corruption et le fait d´abuser des fonds de l´État à des fins strictement personnelles, le vandalisme institutionnel en second lieu.

3.4. Propagande politique, abus des fonds de l´État et corruption
En effet, en tout premier lieu, il est clair que la propagande politique génère en soi une source de corruption en termes d´investissement, car pour l´établir, l´administrer et la consolider, cela nécessite de grands moyens financiers et économiques en matière de l´utilisation des outils communicationnels comme le téléphone, la radio, la télé, enfin ce que les scientifiques appellent les TIC (Technologies de l´Information et de la Communication) y compris l´Internet. Par ailleurs, aujourd´hui, avec les réseaux sociaux tels que facebook et twitter qui, depuis leur création, sont de plus en plus en vogue, il y a de quoi à parler d´une propagande politique technologique à outrance tant au niveau national qu´international. Or, il n´est pas sans savoir que, même dans le cas d´Haiti, qui est un pays pauvre mais rempli de gens fortunés et riches, se procurer pour soi personnellement une chaîne de télévision et/ou de radio, avoir son propre site internet, sa propre page publicitaire sur facebook ou twitter, s´acheter une action de publicité dans une compagnie téléphonique, etc., tout cela requiert des moyens économiques et financiers élevés, coûte beaucoup et même très cher. Alors la question est de savoir où est-ce que le président Martelly a eu de l´argent pour s´acheter une chaine de télévision et créer son propre site pour mieux faire de la propagande de ses programmes sociaux et politiques trompeurs qui restent toujours dans l´abstraction? S´est-il servi des privilèges que lui confère son statut de chef de l´État pour abuser de cette noble institution en détournant les argents des pauvres contribuables gardés au trésor public avec ou sous la complicité de celui qui en a la garde? Sachant qu´il nomme le gouverneur de la Banque Centrale, et que la constitution ne lui reconnaît aucun titre de comptable de deniers publics, autrement dit, il ne touche ni directement ni indirectement à l´argent de l´État géré par le trésor public, les sources d´enrichissement illicite d´un chef d´État restent toujours floues et difficiles à savoir, à décortiquer ou à prouver.
     Cependant, dans le cas de M. Martelly, nous avons une piste qui indexe une de ses sources d´enrichissement illicite, il s´agit des taxes percues, en violations de la constitution et des lois haitiennes, sur les appels téléphoniques entrants et les transferts d´argent de l´étranger vers Haiti. Source insolite, illicite et occulte d´enrichissement au profit de M. Martelly et de sa famille, mais jamais élucidée, car jusque là personne ne sait le montant qui y a été collecté et à quoi il a été destiné, ces deux indices de corruption caractérisent le propagantisme de Martelly qui a fait croire que cet argent aurait servi à renforcer le système éducatif tandis que la société haitienne ne sait à quel saint se vouer pour sauver ce système maladif, dévoyé et pourri.

       Même le parlement, qui est théoriquement chargé de veiller sur ces genres de dérives institutionnels, n´est en mesure de dire au peuple haitien qu´il représente à quelle somme s´élèvent ces transactions journalières, qu´est-ce que l´exécutif en a fait, et par quel procédé serait-il possible de vérifier la collecte de ces fortes sommes et les réalisations qui en découleraient. On n´a recours qu´à des oui-dires selon lesquels ces transferts s´élèvent à quelques milliards de dollars qu´il est impossible de vérifier. Nous vivons dans une république de canails, de voyous où tout se fait à l´envers. Le parlement, organe suprême de contrôle des actions de l´exécutif a, semble-t-il, vendu sa mêche pour je ne sais quel intérêt. Pour des pots de vins peut-être! L´exécutif devient, par conséquent, non controlé parce que le parlement ne remplit pas convenablement sa fonction. Ainsi, les sources économiques et financières d´où proviendraient les achats de ces instruments médiatiques et le paiement de certains médias et certaines compagnies téléphoniques pour faire de la propagande politique en faveur de M. Martelly n´ont jamais été mises sous une investigation judiciaire sérieuse, aucune enquête à ce jour n´a été enclenchée pour savoir comment M. Martelly s´est arrangé pour provoquer tout ce dégat au sein de l´appareil économique. Jusque là pas de justificatifs à ce propos, et, connaissant notre Haiti chérie, ce n´est pas après la fin de son mandat que nous allons pouvoir espérer quelques résultats concrets: il est fort probable que ces sources ne soient jamais investiguées voire élucidées. ''L´enquête se poursuit''..., voilà tout ce qui résume notre système social et politique. Savoir comment les chefs d´États contemporains s´enrichissent cupidement au détriment de leur propre peuple doit faire l´objet d´une recherche approfondie, mais pour l´instant nous restons concentrés sur le côté corruptible de la propagande politique de Martelly.

        Même si la corruption a toujours existé en Haiti, or, aucune société sur la terre n´est pas encore parvernue à s´en libérer définitivement, il est clair que M. Martelly s´est leurré en prétendant l´éradiquer. En violant ses propres serments selon lesquels il serait venu pour combattre la corruption voire prétendre y mettre un terme, sous sa gouvernance, les fonds de l´État ont été non seulement utilisés pour régler les affaires personnelles des hauts dignitaires, lui en particulier, dans le cadre de ses programmes propagantistes qui n´aboutissent jamais, mais ils ont surtout été gérés à titre de biens familiaux en ce sens que sa femme et son fils ainé, n´ayant aucun titre officiel comme fonctionnaires de l´État, si ce n´est que le privilège de constituer ce qu´on appelle communément la famille présidentielle, perçoivent de l´argent et sont responsables de nombreux projets et programmes de ''développement'' qui ne se trouvent sous la tutelle d´aucun ministère. Ce qui veut dire qu´ils perçoivent de l´argent de l´État et gèrent ses biens sans en faire partie, ce qui, dans tout État démocratique normalement respectable, ne peut être toléré sous aucun prétexte.
            En conséquence, la corruption est à son apogée. Jamais dans l´histoire contemporaine de la politique haitienne les institutions étatiques ont été si décriées pour des causes de corruptions répétitives, pour des programmes à caractère social, politique et économique qui ne sont que de pures propagandes politiques. En réalité, en affaiblisant le gouvernement, ils n´apportent absolument aucune amélioration de vie tant sur le plan social qu´économique. N´était-ce que par la corruption, par quelle autre formule M. Martelly pourrait se payer le luxe d´avoir à son actif une chaine de télévision, pour faire ce que Taguieff (2004) appelle du télé-propagantisme, de la propagande politique à caractère hautement technologique.
Sans aller plus loin en multipliant les cas, le seul fait qu´au lieu de moderniser l´EDH, il a préféré faire le commerce des lampadaires, cela a prouvé que l´administration de M. Martelly incarne la corruption institutionalisée. Au cours de sa gouvernance des fonds estimés à des milliards de gourdes alloués aux saisons cyclôniques ont été gêlés et jusqu´à présent pas de rapport, pas d´explication là-dessus. Quel gâchis! Ainsi, quand les affaires personnelles ou familiales se mêlent aux questions étatiques, nous pourrions dire que, pour reprendre Weber, nous sommes tombés dans une irrationalité institutionnelle complète du fonctionnement de l´État puisque la fonction n´est pas détachée ni de la personne ni de la personalité de l´individu qui l´exécute, et toute irrationalité institutionnelle, ne pouvant que générer la corruption, survit par le propagantisme politique. Sur ce, la corruption jointe à la propagande politique engendre ce qu´il conviendrait d´appeller le vandalisme institutionnel.

3.5. Le vandalisme institutionnel
     La corruption est contagieuse et même grandemente contagieuse. Là où règne la corruption le vandalisme institutionnel est à son comble, tous les structures sont paralysées, et c´est ce qui arrive à Haiti: les institutions étatiques sont dévoyées, vandalisées, vilipendées au point que nous pouvons dire qu´elles n´existent pas. Dans la crise actuelle qui bouleverse le pays, il y a un vide institutionnel énorme, tout le monde est sur le point de se demander qui detient la commande de ce pays.
     Ce n´est pas sûr que ce soit l´exécutif, car, sans considérer la démission de M. Lamothe qui, ayant refusé de liquider les affaires courantes selon le voeu de la constitution, était dès le départ un puissant allié de M. Martelly, l´appel du président à une commission consultative pour l´aider dans la recherche des solutions aux problèmes politiques se traduit d´ores et déjà par un acte d´auto-démission et il est fort probable que le rapport de cette commission plein de contradiction precipite le départ de M. Martelly. Mais, depuis bien auparavant, les institutions étatiques étaient déjà parvenues à un stade de putréfaction si nous considérons, par exemple, le cas du CSPJ (Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire): Une si noble institution constituant le bras fort de la justice est malheureusement réduite à la servitude d´un Exécutif avare et cupide qui veut tout contrôler, ce, en passant outre des normes institutionnelles. Quel scandale! Quel vandalisme! Je pense que, par ailleurs, M. Lamothe a eu raison de ne pas vouloir accepter de liquider les affaires courantes, car, à vrai dire, au cours de son gouvernement, il a tellement liquidé les institutions étatiques en passant outre de toute procédure qu´il en était rassasié. De fait il peut s´en rejouir. ''Je suis parti avec le sentiment du devoir accompli'' a-t-il laché au moment de remettre sa démission au chef de l´État. De quel ''devoir accompli'' s´agit-il? Le sien ou celui du peuple? Nous n´en savons pas trop, toutefois, il a laissé derrière lui un flot de dossiers de corruption et de malversation.
     Pas plus le Parlement ne soit exempt de ce vandalisme institutionnel, car il est aussi au bord de l´abîme. Les parlementaires ne remplissent pas efficacement leur rôle, mais deviennent une clientèle de l´exécutif. C´est un Parlement cassé et pratiquement inexistant. Un parlement qui se laisse corrompre par les stratégies propagantistes de Martelly. S´il nous reste la Justice, alors là, c´est le dernier pouvoir sur lequel nous aurions pu compter pour sauver la face, pour redorer le blason et pour donner l´espoir, l´assurance ou la confiance au peuple haitien sur la bonne marche des appareils institutionnels, mais aussi pire que les deux premiers systèmes, elle se trouve déjà au fond de l´abîme et on ne voit pas comment elle parviendra à s´en sortir.

     Il convient de questionner, en outre, la capacité intellectuelle des dirigeants haitiens à établir, sur le plan rationnel, un équilibre entre les trois pouvoirs comme l´ont brillemment défendu les pères fondateurs de la science politique moderne. Tout en restant dans l´esprit de l´équilibre entre les pouvoirs prôné par Montesquieu et Hobbes, il reviendrait, au premier chef, au pouvoir exécutif dans la culture politique de gérer et de maintenir cet équilibre prévu par les principes politiques et démocratiques. Cependant, cela ne lui confère aucun droit de domestiquer ou de chercher à dominer ou controler les deux autres pouvoirs, de même, ceux-ci en revanche ne doivent pas se sentir inférieurs, car, d´une part, le contrôle ainsi que le respect des limites sont réciproques entre les pouvoirs, les relations qui les caractérisent sont purement et simplement d´ordre horizontal et jamais d´ordre vertical ou piramidal, de l´autre. De ce fait, quand l´idée ou l´initiative de cette domestication des autres pouvoirs provient de l´éxécutif, nous nous enfonçons encore plus dans le vandalisme institutionnel. Ainsi, nous pouvous imputer à ce problème d´équilibre entre les pouvoirs cette descente aux enfers des institutions indépendantes et autonomes, privées et publiques. L´exécutif qui aurait dû donner le ton est le principal responsable de cet affaiblissement et ce déséquilibre entre lui, le législatif et le judiciaire. Telles sont les séquelles de la dictature qui nous poursuivent.

      Toutefois, la crise institutionnelle haitienne est chronique et le vandalisme institutionnel dont souffre le pays ne date pas d´hier et nous ne saurions imputer à l´administration de M. Martelly toute la responsabilité de ce problème qui est historique, systémique et sociétal. Mais, par ailleurs, nous allons nous mettre d´accord que tout homme ayant eu la chance de parvenir au sommet de l´État en Haiti – une chance sur 10.000.000 d´haitiens – il y est pour changer les donnes, améliorer les conditions, renforcer les institutions et non pas aggraver leur état, en résumé, il y est pour faire des miracles dans le sens propre du terme. S´il ne le fait pas, il n´a d´autre choix que de se retirer. En effet, il n´est pas donné à tout le monde d´atteindre le haut sommet de l´État, tous ceux qui y sont parvenus doivent inévitablement accomplir quelque chose de miraculeux par le seul fait qu´ils sont eux-mêmes des miraculés. Or, c´est ce qu´a prôné M. Martelly, et que promet d´ailleurs tout homme politique. Voyons voir dans les prochaines élections, les candidats n´auront pas un discours différent. Cependant, comme M. Martelly ils feront complètement le contraire de tout ce qu´ils auraient promis. C´est bien cela la caractéristique de la culture politique haitienne dominée par le mensonge et la propagande politique. Les solutions plus ou moins durable aux problèmes réels et structurels tardent encore à venir. Enfin, la corruption est l´un des facteurs qui affablit, dégrade, démoralise et fragilise tout État en le rendant impuissant à changer la situation des individus, illégitime à se maintenir et méfiant à gouverner la société. Alors, quand l´État est à ce carrefour, qu´est-ce que le peuple peut espérer de lui? Quel progrès la société peut-elle attendre d´un tel État qui n´arrive même pas à se soutenir, à se consolider, à s´organiser, à s´équilibrer lui-même? Nous sommes aujourd´hui à un carrefour où la propagande politique est érigée en norme de gouvernance en Haiti. Dans ce pays nous avons un problème d´éthique gravissime.

CONCLUSION: Y aurait-il une porte de sortie?

      Somme toute, à partir de notre analyse autour de ces trois phénomènes sociaux et politiques, à savoir, le populisme, le mutisme et le propagantisme polluant, nous parvenons à la conclusion selon laquelle ils sont à la base d´une bataille idéologique parallèlement au besoin des masses populaires qui gémissent dans la misère et la pauvreté. Ils sont la cause de l´immobilisme d´Haiti depuis des siècles. Sur le plan temporel, les deux siècles d´indépendance auraient dû nous suffire assez pour inicier une vraie révolution sociale, culturelle, politique et économique dans ce pays. Or, nous avons perdu beaucoup de temps et nous allons en perdre davantage si nous continuons à employer des méthodes de développement irrationnels qui ne prennent pas en compte les vraies nécessités du peuple. Combien de temps devrons-nous, nous autres Haitiens, consacrer au changement de ce pays? Deux cents ans de plus? J´en doute fort. Car, notre gestion de temps est catastrophique et lamentable. Elle nous plonge dans une telle pratique immobiliste: Haiti est un pays bloqué et la culture politique haitienne est une des causes profondes de ce blocage. Ce qui fait que faute de progrès, nous serons toujours traités comme un peuple voyou, car nous sommes loin d´être un État. Que faut-il faire? Passer la moitié de notre temps à prier? Prier c´est bien, mais il nous faut des prières accompagnées d´actions concrètes et positives en rompant avec les pratiques politiques propagantistes, populistes et mutistes. Le populisme, le mutisme et le propagantisme sont les pilliers forts de la cause du sous-développement et de l´immobilisme social, politique et économique d´Haiti, mais si nous nous attelons à les combattre simultanément tant sur le plan idéologique que pratique, cela peut être une porte de sortie.


Campinas, 22-03-2015
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[*] Cet article est publié tant en bloc qu´en partie séparée. Ici sont traitées les trois parties réunies.

RÉFÉRENCES

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